• Bienvenue

    A l'origine de Scriptoblog, il y a une conviction : pour nous, la littérature doit parler de la vie et pas de la morale, sauf quand la morale sert la vie. Nous refusons les visions désincarnées, les idéaux ne nous parlent que s'ils parlent du réel. Toutes les rêveries du monde ne remplaceront pas une paire de bottes par temps de neige ou un gilet pare-balles en temps de guerre.

  • Michel Drac

    « Nous approchons d’un moment critique dans l’histoire de notre pays. Pour la première fois depuis longtemps, il devient envisageable qu’en France, un gouvernement de rupture arrive aux affaires, dans quelques années. Dans ces conditions, nous devons changer de point de vue. Critiquer n’est plus suffisant : il faudra être capable de proposer quelque chose… »
  • Carroll Quigley

    Grâce aux travaux de cet universitaire américain, il est désormais possible de mieux connaître les arcanes de ce monde oligarchique opaque dont l’action a été déterminante pour le monde anglo-saxon et, par ricochet, pour la planète entière…
  • James Kunstler

    Avec une grande clairvoyance et une vision pragmatique du monde, Kunstler soutient que le temps de la pensée magique et de l’attente de miracles est révolu et que le temps est venu de commencer à se préparer à une très longue crise…
  • Jack Donovan

    Depuis un certain temps, la société occidentale a déclaré la guerre à la virilité : théorie du genre, féminisme, mondialisme, déracinement. Jack Donovan relève le défi. Il balaie l’échiquier d’un poing rageur. Son projet : détruire cette civilisation pour libérer les hommes afin qu’ils retrouvent leur vraie nature..
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Notes sur oeuvres

Manifeste d'économistes atterrés (collectif)

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Quatre économistes (Philippe Askenazi, Thomas Coutrot, André Orléan, Henri Sterdyniak) ont lancé récemment un « manifeste d’économistes atterrés » (c'est-à-dire atterrés par la manière dont la crise actuelle est gérée). Ces économistes sont, pour simplifier, inscrits dans le prolongement de la mouvance ATTAC, au sens large. Ils ont été rejoints depuis par plusieurs centaines de signataires, parmi lesquels on peut noter André-Jacques Holbecq et Loïc Wacquant.

Il peut être intéressant de connaître sommairement leur analyse de la crise actuelle (analyse qui n’étonnera personne sur ce blog), et surtout de relever les propositions qu’ils font pour en sortir. Nous ne commenterons pas : à chacun de se faire son opinion.

La société décente (A. Margalit)

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« Si les étiquettes ne peuvent être évitées, alors celle qui convient le mieux à mon idée de société décente serait le « socialisme d'Orwell » entendu comme l'opposé d'un socialisme orwellien. »

L’universitaire israélien Avishai Margalit a été impressionné par la Théorie de la justice de John Rawls. Mais la réalité de son pays l'a poussé à réfléchir au nécessaire primat du décent sur l'équitable, et, au milieu des années 1990, il s’est peu à peu éloigné de son premier maître à penser.

Margalit a progressivement développé une pensée spécifique en discutant avec les Palestiniens. Les bases de sa « société décente » en découlent : elles sont structurées par l'opposition entre honneur et humiliation. Une société décente, dit-il, est une société qui n'humilie pas.

La méthodologie de Margalit est avant tout pragmatique, elle préfère le constat au théorique, elle veut éviter le pire, plutôt que créer le mieux. Pour définir la décence au regard d'un domaine particulier, pour définir une éthique, Margalit oppose sa recommandation au comportement à éviter.

Cette approche est comparable à celle développée, en son temps, par George Orwell. Avec Bégout, nous avons vu que la common decency est plus prohibitive que prescriptive. Margalit suit la même ligne pour découvrir les éléments potentiellement constitutifs d'une « société décente ». Il veut cibler non ce qui doit être fait, mais ce qui doit être refusé.

Note de lecture sur « La société décente », d’Avishai Margalit. C’est en effet d'un pays confronté à l’indécence que doit nous venir la plus juste définition de la décence. Nulle part ailleurs, la question n'est plus brûlante.

Eloge de la frontière (R. Debray)

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Pour Régis Debray, si l’humanité contemporaine se plaît à s’imaginer qu’elle irait mieux sans frontières, c’est parce qu’elle va mal et ne sait comment guérir. Et si l’Europe est en pointe dans ce mouvement, c’est parce qu’on y va, dans l’ensemble, encore plus mal qu’ailleurs.

Le culte du « sans frontière » n’exprime, pour Debray, que l’angoisse de vivre – angoisse d’être un être, c'est-à-dire d’avoir des limites, des frontières, des bornes, pour marquer ce que l’on est et ce que l’on n’est pas. Le culte du « sans frontière », nous dit Régis Debray, exprime un désir d’anéantissement. Et la propagande bruxelloise, qui nous vante la « civilisation » rendue possible par l’unité, ne recouvre que l’effacement du distinct, de ce qui est enclos – et donc de la cité, et donc de la civilisation.

De toute manière, fait encore observer Debray, la réalité du monde contemporain, c’est la multiplication des frontières. Depuis 1991 et la chute de l’URSS, on en a tracé 27.000 kilomètres supplémentaires. Une fois de plus, les esprits à la mode ont une mode de retard. Pendant qu’ils nous chantent le « trans », « l’open », le « light » imprécis et flou, les vieilles fractures se réveillent, partout. Et le mode de gestion qui leur convient n’est pas la dénégation, mais au contraire la codification, l’inscription dans le signe, dans l’écrit, sur la carte. On nous dit que le monde s’unifie, c’est faux : il éclate. On nous dit qu’il faut moins de frontières pour surmonter des fractures dépassées, c’est encore plus faux : ce sont les frontières qui permettront de rendre les fractures vivables, alors qu’elles ne cessent de prouver qu’elles sont tout, sauf dépassées.

Voilà la thèse.

Théorie des sentiments moraux (A. Smith)

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« Le vice est toujours capricieux, la vertu seule est régulière et ordonnée. »

Comme démontré ici s’agissant de Constant et de sa réflexion sur la liberté des Anciens et celle des Modernes, un discours libéral peut ne pas être dépourvu d'intérêt. Le discours libéral classique permet aujourd’hui, en particulier, de comprendre la genèse d'une pensée devenue hégémonique. Ce discours nous dit ce qu’il y avait, avant que les élaborations théoriques ne deviennent des contradictions pratiques. Et la connaissance de cet avant éclaire, souvent, sur les causes des contradictions contemporaines.

Ici, nous aurons affaire au premier essai d'Adam Smith : Théorie des sentiments moraux. Un essai intéressant sous bien des angles, et dont le niveau intellectuel dépasse – et de loin – celui de nos libéraux postmodernes. Disons-le : la pensée libérale est aujourd’hui à peu près dans le même état que la pensée socialiste soviétique sous Brejnev. Mais en 1759, cette pensée, parce qu’elle n’était pas hégémonique, devait encore faire preuve de rigueur pour être intellectuellement légitime. Et Adam Smith, donc, ne fut jamais un faux monnayeur intellectuel, à l’inverse de ses héritiers contemporains.

Petit résumé, donc, de la théorie des sentiments moraux, vue par un des pères de l'utilitarisme.

Réinventer l'Occident (H. El Karoui)

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Le parcours personnel d'Hakim El Karoui le désigne d'emblée comme un homme du sérail. Normalien, fils de la responsable du Master d'analyse financière à Dauphine, fondateur du club du XXIème siècle (dont le but était de promouvoir la diversité au sein des classes dirigeantes et dont fut notamment issue Rachida Dati), ancien professeur d'université devenu banquier d'affaires chez Rothschild, plume de Raffarin, c'est un homme connaissant les arcanes du pouvoir – même s'il en est temporairement écarté, après la tentative infructueuse qu'il mena avec Emmanuel Todd sous le gouvernement Villepin pour promouvoir le patriotisme économique.

Cette appartenance au système des élites ne l'a pas empêché de prendre, dès 2006, une position originale (à cette époque) en faveur du protectionnisme économique. En 2007, il appelait à voter au second tour pour Ségolène Royal dans les tribunes du Monde, consommant sa rupture avec le camp sarkozyste, coupable à ses yeux de « dérives identitaires ». L'ouvrage « Réinventer l'Occident » permet donc d'appréhender le constat d'un homme de l'intérieur du système, demeurant  lucide quant aux retombées des politiques libérales, et aux conséquences de l'érosion de la Nation, dont il se veut le défenseur (à l'image de Todd).

La pensée politique de Gramsci (J.M. Piotte)

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Antonio Gramsci fut, dans l’Italie des années 20-30, le théoricien marxiste que l’Histoire avait chargé de tirer les enseignements d’un échec : celui de la révolution européenne, italienne en particulier. Echec d’autant plus cruellement ressenti par les militants européens que la victoire des Bolcheviks en Russie faisait contraste – et contraste, en l’occurrence, inexplicable dans le cadre de la théorie édifiée jusque là. Cette mission lui donna l’opportunité de formuler une théorie révolutionnaire nouvelle, et qui allait inspirer des générations d’activistes, de propagandistes et de tacticiens.

Pour Jean-Marc Piotte, la notion-pivot de cette théorie est « l’intellectuel ». Gramsci est en effet le premier disciple de Marx à avoir mis, au centre de sa pensée, une reprise réflexive de son propre positionnement, et du positionnement de ses homologues adverses. Gramsci a inventé les concepts d’intellectuel « organique », « traditionnel », « collectif », et il en a déduit ceux de « société civile » et de « société politique ».

Etudier Gramsci, c’est donc remonter à la source d’une bonne partie des « expressions toutes faites » que nous lisons presque quotidiennement, sans qu’elles soient clairement définies.