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Conférence « Neuro-Pirates. Neuro-Esclaves », 1ère partie de l'allocution de Paolo Cioni : « Précisions fondamentales quant au fonctionnement du cerveau humain »

« Neuro-esclaves : Techniques et psychopathologies de la manipulation politique, économique et religieuse »
De Paolo Cioni & Marco Della Luna
Préface de Thibault Philippe (chroniqueur sur Scriptoblog)


Voici la premiére partie de l'allocution prononcée par Paolo Cioni lors de sa venue en France pour notre conférence sur l'ingénierie sociale.


« Précisions fondamentales quant au fonctionnement du cerveau humain »...

« Sommes-nous tous dépressifs ? 
» est la question que Pauline Garaude se pose, en donnant ce titre à son livre (Delville, 2005). Elle affirme : « Alors n’ayons plus peur des mots. Déprime ou vraie dépression ? S’il n’est pas toujours très facile de faire la part des choses, essayer de s’en sortir dès le départ est une démarche positive ! Une vraie dépression a plus chances de guérir, sans récidive, si elle est prise en charge à temps. Partons en connaissance de cause à l’assaut de ces maux qui dérangent afin de se retrouver très vite sur le chemin de la joie de vivre. »

On pourrait raisonner de la même façon en se demandant : « Sommes-nous tous dépressifs et/ou neuro-esclaves ? » Sommes-nous tous neuro-esclaves ? Ou plutôt, y a-t-il un lien entre la dépression rampante et l'action rampante de neuro-esclavage exercée par le système dans lequel l'humanité vit aujourd'hui? Il se peut que la propagation apparemment imparable de troubles dépressifs soit l'expression psychophysique et clinique d'une vie qui se sent de plus en plus conditionnée, avec des perspectives incertaines, incapable de réagir au système, compte tenu de l'écart énorme et croissant en termes de puissance et de moyens scientifiques et technologiques qui séparent la population en général, d'une part, et l'élite financière et technocratique de l'autre, et rend de plus en plus impraticable et vide le principe de la démocratie, la participation populaire dans le processus législatif et politique de la société.Cette asymétrie, sans précédent dans l'histoire de l’humanité, fait penser à l'auto-extinction des Indiens autochtones américains, les Esquimaux, les Aborigènes australiens, dans leur relation avec la civilisation occidentale qui les supplantait.

Ces considérations nous connectent à un principe, formulé par Marco Della Luna dans un essai de 2010, Oligarchie pour les peuples superflus : l'ingénierie sociale de la décroissance malheureuse, que j'espère voir bientôt traduit en français. Un principe mentionné aussi dans Neuro-Esclaves, et qui m'a vraiment frappé, à savoir que les gens sont devenus superflus. Le concept est le suivant : « La technologie contemporaine, en particulier l'Internet, avec la financiarisation de l'économie et la mondialisation, a conduit à la concentration mondiale du pouvoir au profit des oligarchies, d'une part, et d’autre part à la forte réduction du nombre des humains nécessaires au fonctionnement du système de pouvoir. Aujourd'hui, le pouvoir réel n'a plus besoin des larges masses de travailleurs, des agriculteurs, de soldats, qui étaient au contraire nécessaires pour le pouvoir quand celui-ci était territorialement divisé en États-nations séparés. En ce temps-là, l'élite française, par exemple, avait besoin du peuple français (travailleurs, colons, soldats) pour se défendre, se faire valoir, s’enrichir, par rapport aux élites dirigeantes des autres pouvoirs, de l'Espagne ou de l'Angleterre. La survie du peuple devait donc être assurée, ainsi que son état de santé général et son bien-être global. Il ne pouvait être sacrifié et remplacé par d'autres gens. Ce besoin produisait un lien de solidarité de l'élite française avec le peuple français, même si elle l'exploitait.

Aujourd'hui, ce n'est plus le cas, car il n'y a plus une élite spécifiquement française, liée au territoire. Dans le village planétaire, personne n'est un citoyen, mais tout est un numéro. Aujourd'hui, le peuple français, comme les autres, est interchangeable avec d'autres peuples. S'il s'oppose aux modèles de réorganisation sociale, économique, juridique qu’on lui fait tomber dessus, il peut être soumis à un traitement très sévère, comme le peuple grec. En outre, l'élite contemporaine, mondialisée et super-technologisée, n'a plus besoin des masses, c'est-à-dire d'un grand nombre de travailleurs, agriculteurs, chasseurs et producteurs divers. Pour cette raison, elle peut se permettre de réduire la quantité de la population humaine, ainsi qu'on a réduit la quantité de la population des chevaux et des bœufs dès que les machines à moteur les ont supplantés.

En tant que psychiatre, je pense que ces faits, cette nouvelle condition humaine, expliquent la propagation de la dépression comme une pandémie sociale. La réponse que nous (Marco Della Luna et moi) donnons est donc : oui, inévitablement, nous sommes tous neuro-esclaves. Toutefois il y a des gradations remarquables et nous pouvons affirmer qu’on a plus de chances de guérir si cette condition est prise en charge à temps. Partons en connaissance de cause à l’assaut de ce mal.

Le néologisme et l’icône que nous avons créés sur la couverture du livre ont connu un grand succès en Italie. On trouve, par exemple, des forums sur Internet où la jeune fille se déclare « neuro-esclave » de son copain… Un député de l’opposition au Parlement de Rome a lu 20 pages de Neuro-Esclaves sans citer le livre, mais il a été découvert, et l’affaire a intéressé la presse nationale au point de faire la première page des journaux les plus importants. L’image de l’homme à la tête rasée avec le code-barres et les câbles qui en sortent a été vue dans certaines rues de nos villes.

Dans le livre, deux idées sur l'être humain, profondément enracinées dans la tradition occidentale, ancienne et moderne, sont soumises à une critique théorique et empirique : 1) qu’il soit fondamentalement rationnel, 2) qu’il soit un individu, dans le sens d’une unité psychique essentiellement homogène, qui manifeste des caractéristiques constantes dans le temps sur la base desquelles il est possible de prévoir le comportement.

En fait, c’est à chaque fois le contraire qui est vrai. Dans Neuro-Esclaves, il est soutenu que la manipulation mentale est non seulement possible, mais toujours pratiquée, et tend à la croissance exponentielle, compte tenu des progrès technologiques dont elle peut bénéficier, car : a) la plupart du temps, l'être humain est dans un état sub-hypnotique, gouverné par des fantaisies liées à l'environnement interne et externe selon des modalités semi-automatiques, dans lesquelles les processus logiques rationnels ont très peu d’espace, b) différentes sub-personnalités au sein de l'esprit sont constamment en concurrence les unes avec les autres pour l'accès à l'unité de commande, en fonction de nombreux facteurs : externes (circonstances, personnes) et internes (traces mnésiques activées, états du corps, représentations mentales).

En ce qui concerne l’affirmation du point a), loin d’être hypothético-anecdotique, elle s’appuie sur de récentes découvertes neuroscientifiques fondamentales, apportées par le groupe de l’américain Marcus Raischle (2001). Selon les données expérimentales de ces recherches, nous pouvons comparer deux modalités de fonctionnement cérébral (activables, si l’on peut dire, par un bouton de commutation) : I) le réseau du mode par défaut, RMD (c’est-à-dire le réseau de la tâche négative) et II) le réseau de la tâche positive (RTP). Le réseau du mode par défaut cérébral consiste en une série d’aires connexes qui fonctionnent au maximum lorsqu’une grande partie du cerveau est au repos – il est actif lors d’un rêve éveillé, quand nous laissons notre esprit divaguer. Le RMD fonctionne pendant la plupart du temps. Quand le cerveau se trouve dans cet état, il est dans une phase introspective, autoréférentielle. Selon certains scientifiques, une difficulté ou une incapacité à sortir de l’état de RDM et de passer au RTP seraient en corrélation à des troubles mentaux tels que dépression, schizophrénie et même maladie d’Alzheimer.


Sans arriver à de tels états pathologiques, on pourrait ainsi supposer (c’est mon idée) qu’il existe une variété de profils dans la population, dans le sens où certains individus, ayant physiologiquement une plus grande tendance à rester dans l’état de RMD, auraient besoin de stimuli plus forts pour passer au RTP. Ce sous-ensemble de la population serait donc plus aisément manipulable, moins autonome, et «
plus prévisible » sur le plan comportemental (voir Gouverner par le chaos - Ingénierie sociale et mondialisation). Nombreux sont les scientifiques qui retiennent que le RMD a deux nœuds majeurs :

-  l’un dans le cortex cingulaire postérieur, avec le pré-cunéus,
-  l’autre dans le cortex préfrontal médian.


Le RMD s’éteint quand un sujet se concentre sur le travail à accomplir. Le RTP se met alors en marche, centré sur l’action, activé donc par des stimuli qui orientent l’activité vers un but (avec désactivation du RMD). Le sillon intra-pariétal, le champ frontal oculaire ainsi que les aires médio-temporales sont les nœuds positifs et ils sont très nettement en corrélation avec des régions impliquées dans l’attention focalisée et dans la mémoire de travail.

Je dois ici souligner la similarité entre ces découvertes des neurosciences et la pensée d’un grand écrivain (comme fréquemment il arrive ; on peut penser à cet égard à l’œuvre d’un grand écrivain français comme Marcel Proust). Les grands écrivains ont la capacité de saisir ce qu’on appelle les Gestalten naturelles. Je parle en ce cas de Robert Musil qui, dans son roman inachevé L’homme sans qualités (1938) distingue, dans son analyse des sentiments, deux conditions absolument différentes : I) l'état dans lequel les sentiments sont bien définis (déterminés) et mènent à l'action (qui à son tour modifie le sentiment initial) et II) l’état dans lequel les sentiments sont vagues et l'énergie mentale semble être réduite. Dans le dernier cas, il s'agit d'un état d'indifférence, d’indétermination et de manque d'intérêt à l’égard du monde. « C’est une condition qui a quelque chose d'indéfinissable, magique ».

Le deuxième des deux principes fondamentaux de notre essai Neuro-Esclaves concerne le « divisé ». C’est l’argument des sub-personnalités, qui semble jouer un rôle extrêmement important dans les vicissitudes du comportement, dont l'étude a été incroyablement négligée jusqu'à récemment. Rowan (1990) propose une définition préliminaire : « une région semi-permanente ou semi-automatique de la personnalité » et continue : « La plupart d'entre nous a eu l'expérience d'être soumis au contrôle d'une partie de nous-mêmes que nous ne savions pas être présente. Nous disons : Je ne sais pas ce qu’il m'est arrivé. Il s'agit généralement d'une expérience négative, mais elle peut également être positive. La façon avec laquelle nous reconnaissons habituellement la présence d'une sub-personnalité est le fait que nous agissons dans une situation donnée d’une manière que nous n'aimons pas, ou qui doit être contre nos intérêts, incapable de changer tout cela par un acte de volonté ou une décision consciente. Tout cela dure aussi longtemps que la situation est en place, peut-être quelques minutes, peut-être une heure, peut-être quelques heures, puis change... lorsque nous quittons cette situation et passons à une autre. »

En conclusion, Rowan soutient que « au lieu d'avoir une seule personnalité monolithique, il y a beaucoup de sub-personnalités en nous, qui sont activées ou sommeillent en fonction des circonstances internes et externes. Cela explique pourquoi nous pouvons aimer et haïr quelqu'un dans le même temps, et pourquoi nous suivons des régimes amaigrissants le jour puis que nous nous bourrons le soir ».

L'exemple extrême de ce concept est représenté par le trouble dissociatif de l'identité, anciennement connu comme trouble de personnalité multiple, ainsi décrit dans le DSM-IV (APA, 1994) : « La manifestation essentielle de ce trouble est la présence de deux ou plusieurs identités ou états de personnalité qui de façon récurrente prennent le contrôle du comportement. Chacun des états de personnalité peut être vécu comme s'il avait une histoire personnelle, une image de soi et une identité distincte, y compris un nom distinct. Habituellement, il y a une identité primaire qui porte le nom officiel du sujet, et qui est passive, dépendante, avec une tendance aux sentiments de culpabilité et à la dépression. La manifestation essentielle de la maladie est la présence de deux ou plusieurs identités ou états de personnalité qui ont un contrôle récurrent du comportement. Des identités particulières peuvent apparaître dans des circonstances particulières et peuvent différer de l'âge et du sexe rapportés, du vocabulaire, des connaissances générales ou dans les affections qui prédominent. Dans le vécu, les identités alternatives peuvent prendre le contrôle en série, l'une au détriment de l'autre, et nier la connaissance mutuelle, se critiquer les unes les autres, ou sembler être en conflit ouvert. Les personnes atteintes de ce trouble ont souvent des lacunes mnésiques sur leur histoire personnelle, éloignées et récentes. Une identité qui n'a pas les fonctions de commande, cependant, peut avoir accès à la conscience en produisant des hallucinations auditives ou visuelles (par exemple, une voix donnant des instructions). La démonstration de l'amnésie peut être atteinte par les indications d'autres personnes qui ont été témoins de comportements que le sujet nie, ou à travers les découvertes de la même personne (par exemple, le fait de trouver des vêtements à la maison que le sujet ne se souvient pas avoir achetés). »

Pour comprendre la manipulation mentale, et la façon dont elle est mise en œuvre sur une base quotidienne, il est important d'avoir quelques connaissances de base sur les principales fonctions de notre cerveau. Nous avons grandi, par exemple, avec la conviction que nous sommes nés avec un nombre de neurones donné, et que ceux-ci meurent lentement sans renaître. Les découvertes des neurosciences au cours des dernières décennies, cependant, ont montré que ce processus de dégénérescence est compensé par le fait que les neurones forment continuellement de nouvelles synapses et dissolvent les vieilles synapses. De plus, bien que dans une moindre mesure, de nouveaux neurones se génèrent dans le cerveau notamment dans certaines zones (en particulier dans l'hippocampe), à travers le phénomène de la neuro-plasticité : la capacité du système nerveux à modifier sa structure en réponse à une variété de facteurs intrinsèques ou extrinsèques, et de s'adapter à des situations pathogènes, tels que l'AVC et les traumatismes. Ceci est possible grâce :

1)  au changement dans les relations synaptiques avec l'utilisation de nouvelles connexions ou des connexions qui étaient inactives (phénomène de sprouting = bourgeonnement ou germination, indiquant le phénomène du développement d’axones ramifiés, dérivé de l’innervation terminale ou provenant des parties d'unités motrices adjacentes au muscle dénervé). Le sprouting arrive si une fibre nerveuse normale se trouve à proximité de la fibre nerveuse dans la phase dégénérative ;

2)  à l'activation des zones potentiellement capables d'assumer la fonction d’autres aires ;

3) au recrutement de fonctions supplémentaires par structures indemnes de processus dégénératifs. En particulier, sur ce sujet, je me réfère à ce qui est revendiqué par Doidge, qui prend la règle générale : « Neurons that fire together wire together », « Les neurones qui déchargent ensemble forment des circuits communs, se câblent ensemble ».

Sur la base de ce mécanisme très important, il peut être déduit qu’à travers l'auto-manipulation, ou bien la manipulation extérieure de l'activité cérébrale, la production de décharges simultanées de zones cérébrales responsables de fonctions différentes va lier ces fonctions ensemble, qui deviendront alors proches et solidaires, mais avec de graves difficultés si vous devez restaurer le mode de fonctionnement précédent. Un exemple parmi d'autres : ce qui s'est passé récemment en Corée du Nord à l’égard du « cher leader », avec l'endoctrinement des écoliers à travers des chansons et des hymnes répétés, l'exaltation de la personnalité d'un leader féroce, que les gens ont pleuré à sa mort comme si c’était un membre de la famille, étendu à la patrie.

Un autre exemple est offert par le mode de présentation de la pornographie sur Internet, souvent basé sur une constante de couplage, scientifiquement programmée  par des spéculateurs sans scrupules et hypocritement prétendue être une libération des mœurs, entre le sexe et l’agressivité. La présentation de ces deux domaines d'expérience et du comportement comme interdépendants, en réitérant leur combinaison dans des images à fort impact, de telles représentations rendent plus difficile au sujet qui les reçoit un retour au fonctionnement précédent, aux associations premièrement établies entre l'excitation sexuelle et certains des stimuli externes ou internes. Les structures neuronales anatomiques et physiologiques se développent avec l'exercice et l’effort, stimulées par l’attention sélective et par la recherche active de stimuli et contextes.

Fin de la première partie...

Paolo Cioni

Partie 2 : « Les manipulations et le cerveau »