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La normalisation par le vide

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Après le choc, la normalisation. Après le 21 avril, le 22... Quand les historiens se pencheront sur ces dates, il verront que le vrai choc a été celui du 22, jour où le peuple français acta la dispartion de la nation française.

La nation comme enjeu

Voici les deux seules questions qui vaillent d'être posée à l'issue du 22 avril 2007 : comment le FN a-t-il pris une telle déculottée ? Et pourquoi un système qui, il n'y a pas deux ans, était rejeté par 56 % des français à l'occasion du referendum sur le TCE, a aujourd'hui été suivi par 75 % de ces mêmes français ?

Cette élection est un énorme paradoxe. Elle arrivait cinq ans après que Le Pen soit arrivé au second tour de l'élection présidentielle, deux ans après un référendum perdu par le pouvoir et un an et demi après des émeutes à connotation ethnique, le tout dans une ambiance de dégradation générale des conditions de vie et de montée des revendications communautaires.

En 2007, les mots qui fâchent, timidement apparus en 2002 en arrière-plan du thème de l'insécurité, s'imposent enfin dans le débat : immigration, mondialisation, Europe...Nation. Le FN va jouer sur son terrain. Personne, au début de la campagne, ne peut penser qu'un seul des électeurs de Le Pen ait eu une seule raison de changer son vote. 2007, pour le FN, sera 2002 en mieux.

Le système de son coté ne peut plus continuer à nier la question nationale et identitaire. Il n'a plus le choix du terrain. Il lui reste donc la solution de rechange utilisée par tous les pouvoirs qui disposent de l'appui massif des médias et de la propagande pour se battre sur le terrain de l'adversaire: la récupération.

Les principes de base de la récupération

Pour comprendre un peu ce qui s'est passé, étudions brièvement ce qu'est la récupération et comment le système, mais aussi le FN, l'ont utilisée.

Une récupération se passe en plusieurs temps.

Quand un messager arrive avec un message de vérité qui prend publiquement en défaut le pouvoir, ce dernier n'a pas trente-six solutions.

Dans la première phase, il doit nier la vérité et diaboliser le messager.

Dans la deuxième phase, il doit diaboliser tout ce que dit le messager

Dans la troisième phase, une fois le messager évincé pour cause d'hérésie, le pouvoir doit dévoyer le message pour en épurer ce qui le dérange et l'intégrer à sa logique.

Enfin, dans la quatrième phase, il doit reprendre à son compte le contour de ce qu'a dit le messager tout en continuant à le diaboliser pour le réduire au silence, et prétendre avoir toujours tenu le discours du messager.

C'est ainsi qu'on peut artificiellement faire sienne une idée qui était au départ dirigée contre vous par vos adversaires. En la détachant de celui qui l'a avancée en premier, et en le discréditant.

Bien sûr, le messager conserve ses chances. Il a pour lui la force et la solidité de la vérité qu'il énonce. J'entends par là, la capacité de la vérité à s'imposer aux spectateurs par un faisceau important de faits et de raisonnements. Et là, tout dépend de leur mémoire, de leur intelligence, de leur culture; de leur capacité à reconstituer la vérité par eux même et de rendre impossible, ou du moins très difficile, sa falsification d'une part, et le mensonge du pouvoir qui prétendra l'avoir toujours défendue d'autre part..

La vérité de Le Pen, c'était la Nation, ses racines, sa permanence, son histoire, son peuple uni, sa culture millénaire. Que pouvait alors le système face à cette vérité occultée par lui, enfouie si longtemps dans l'âme du peuple, mais qui ne demandait qu'à ressortir, au moindre choc avec la réalité ? Rien à première vue.

En face de la Nation comme vérité, la Vérité du système c'était la République. En théorie : liberté, égalité, fraternité, tolérance, diversité féconde. Dans les faits : la Ripoublique. Un système scolaire en faillite, une justice engorgée, le chômage comme système de régulation des salaires, la perte de souveraineté, la relégation des classes populaires dans des ghettos ethnicisés, la peur du lendemain, l'ascenseur social brisé et la substitution ethnique comme « génocide culturel ».

Ainsi, pour la campagne de 2007, Le Pen et le FN, ayant attentivement observé l'évolution de la société française, constatent que rien n'a fondamentalement changé depuis le 21 avril, si ce n'est en pire.

Il est clair que la France de 2007 n'a plus envie d'entendre parler de multiculuralisme.

La stratégie de Le Pen

Le Pen fait le calcul suivant : le peuple français a de la mémoire, du moins la mémoire enfouie des peuples. La vérité de la Nation est intangible. La vérité de la République (au moins la cinquième) est un château de sable. Aucun problème. A récupérateur, récupérateur et demi.

Le Pen ne se battra pas contre la république en restant retranché dans la place forte de la Nation. Il tentera de son coté la guerre éclair du petit contre le gros; il tentera la récupération de leur République par sa Nation.

Le Pen accepte donc de se battre dans la plaine. De laisser l'ennemi entrer dans son territoire et d'exposer sa place forte, la Nation, certain que ses vieux murs tiendront bon. Il va tenter, pendant ce temps, d'investir la République et en diabolisant à son tour les défenseurs (« ils on tout cassé »), et en prétendant qu'il en a toujours été un ardent partisan (ce qui est évidemment faux).

Ce sera le discours de Valmy.

La bataille est lancée.

Le déroulement de la bataille

Avec la campagne « ils ont tout cassé » et la présence de Soral dans ses rangs, Le Pen prend son électorat à contrepied. Il reprend à son compte le thème de la République et s'affiche avec un marxiste revendiqué. Il émet l'idée qu'être Français ne consiste pas uniquement à être dépositaire d’une filiation charnelle ou à avoir défendu la patrie les armes à la main, c'est à dire, être français par le sang reçu ou le sang versé. Il admet le caractère assimilationniste du fait national français.

L'état de déliquescence de la République est tel, pense-t-il, et la frustration des immigrés est tellement grande après les mensonges qui leur ont été faits, qu'entre s'identifier à une patrie des droits de l'homme qu'ils estiment de façade et s'identifier à des ancêtres à peau clair, on peut faire le pari qu’ils choisiront de s'identifier à un patrimoine qui n'est pas le leur, mais qui finalement porte en lui plus de grandeur qu'un régime décadent et à bout de souffle. La Nation, la nation éternelle et ses mânes, de Vercingétorix à De Gaulle en passant par Jeanne d'Arc, croisades et colonisation ou non, aura raison de l'appel frelaté d'un système qui n'a redécouvert que récemment le sens du mot « valeur » et qui peine toujours à lui donner un sens concret.

Le Pen veut casser le conditionnement mental des français à son égard. Une fois la preuve faite, sur la dalle d'Argenteuil par exemple, qu'il n'est pas un diable pour les immigrés, et qu'il n'est pas un réactionnaire Vichysant pour la République, il ne lui restera plus qu'à invoquer la patrie et la Nation, dont la nostalgie sommeille en chacun de nous, et il emportera le morceau.

Fait capital, afin de pouvoir investir la place adverse, Le Pen rompt donc avec l'ethnicisme, avec aussi le christianisme comme définition de la nation française.

Pendant que Le Pen invoque la République, le système, de son côté, invoque la Nation. Drapeau tricolore, Marseillaise... Ségolène Royal rattrape le temps perdu par le PS, au point de déboussoler certains des caciques sociaux-démocrates, qui se demandent aujourd'hui s'il ne faut pas aller chez Sarkozy pour avoir l'occasion de chanter l'Internationale, étant donné que celui-ci passe son temps à se référer à Jaurès !

Soit dit en passant, cette campagne des membres du système républicain sur le thème de la Nation n'aura pu manquer d'amuser ceux dont la mémoire dépasse un tant soit peu celle des poissons rouges. D’autant que la « Nation » évoquée par les membres du système ressemble bigrement à un leurre On retiendra ainsi que la Nation évoquée par les républicains n'aura pas fait appel au mythe transcendant républicain par excellence, celui qui la définissait en tant qu'idéal et dessein : la toute puissance de la raison et sa capacité à amener le bonheur ici-bas. On aura parlé d'égalité des chances et de vivre ensemble. Bref, on aura fait de la Nation l'incarnation d'un idéal républicain de cohabitation multi-ethnique sur fond de protection sociale. Ce qu'il faut retenir des définitions de la nation que nous aura infligées le système, fait tout au long de la campagne, c’est ceci : on en a évacué toute forme de transcendance à même de fournir à la France un dessein, en même temps qu’on en niait radicalement la dimension ethnique. Ni ethnie ni destin. La Nation vue par le système se réduit à une cohabitation multi-ethnique ayant comme simple but de se perpétuer. C'est nouveau...et très risqué – la France moins la France qui copie l’Amérique moins l’Amérique, ça ne mènera pas bien loin.

La raison du choix des français

A la fin de la campagne, on peut dire que la notion de Nation était à peu près vide de tout ce qu'une nation est susceptible d'être : ethnie ou vision transcendante capable de projeter le peuple dans une construction au delà de lui-même. C’est un mot, un signifiant sans signifié, un totem.

Ainsi quand Le Pen en appela sûr de lui à la Nation éternelle pour absorber la République, la Nation qui lui était à priori toute acquise ne lui répondit pas. En sortant de la tranchée et en tentant d'investir le camp adverse, Le Pen avait fini par se couper de ses bases arrière. Sa nouvelle Nation ne parlait plus à ses électeurs.

Mais alors me direz-vous, pourquoi les électeurs ont-ils répondu à l'appel de la Nation prononcé par la République. Eh bien par la propre faute de Le Pen, certes, mais aussi parce que le peuple manque aujourd'hui de tout ce qui permet à un peuple de surmonter la propagande. La sidération des masses est telle qu'une entreprise de récupération bien menée à toutes les chances de réussir, pourvu seulement que l’énorme machine médiatique se mette en branle et soit habilement conduite.

Comprenons ceci : notre peuple manque désormais de mémoire historique vraie, car celle-ci est depuis longtemps confisquée par la propagande. Il manque aussi de culture, c'est à dire de cette faculté d'analyse étayée par une solide connaissance des faits et des idées sur la durée, cette faculté que seule une vraie culture peut donner. Par exemple, qui, parmi les antiracistes ordinaires adorateurs de la République, comprend que la colonisation fut la réalisation la plus aboutie de l'esprit républicain ? Qui parmi ceux qui respectent l'identité des composantes de la « Nation francaise » comprend que l'identité des peuples colonisés fut un facteur déterminant dans l'échec du messianisme républicain ?
Dans ces conditions, et en étant conscient qu'à la fin de la campagne la nation française n'était plus qu'un mot, il était facile au fond de prévoir que le vote allait pencher vers le système.

La récupération de la République par la Nation a échoué.

La récupération de la Nation par la République a réussi.

Quel avenir pour la non-nation française ?

A ceux qui croient que la Nation sort grande gagnante de cette élection, laissez-moi par conséquent dire la vérité, s’ils sont prêts à l'entendre : la Nation Française sort de cette élection les pieds devant.

Nous voici donc dans une « nation » multi-ethnique sans autre projet que de se continuer sans exploser en vol. Noble ambition, n’est-ce pas ? Dans l'Histoire, une telle nation n'existe pas, ou alors ça s'appelle un empire, à la rigueur – et encore : pour faire un empire, il faut une volonté de puissance.

Mieux vaut en rire. Au regard de sa composition, de son organisation politique et de son idéologie dominante, la France est devenu un groupement d'intérêt économique. La France actuelle est une non-nation.

Cette France ne tient plus debout, si l'on excepte l’infime probabilité d’une renaissance messianique via le système, que par le fait que son système de protection social fonctionne encore – et que son équipe de foot gagne, bien sûr. Sous cette couche économico-festive qui ne demande qu’à se craqueler : le patchwork multiethnique brut de fonderie, c'est-à-dire intrinsèquement foireux.

La non-nation française, pour rester cohérente en tant que concept, sera au bout du compte obligée de nier le fait ethnique au sein des sociétés humaines et devra prétendre le dépasser, comme elle l'a fait par le passé du temps ou elle était fille-ainée de l'Eglise ou vraie République rationaliste. Mais la non-définition de nation qui vient de nous être donnée n'est pas le dépassement de l'ethnicisme. Elle n'est que sa simple volonté de négation verbale. La société actuelle dit non au fait ethnique mais elle ne dit rien de plus. Son seul idéal est de se contenir elle-même, et même ça, c’est déjà trop pour elle.

Regardons maintenant derrière nous. Rien de ce qui n'est pas ethnique ou idéologique n'a jamais tenu – à moins de crouler sous l'argent pour acheter la paix sociale, remplir les estomac et vider les esprits au delà du raisonnable. Mais la France a cessé d'être riche au delà du raisonnable.

La France actuelle est un mini Balkan en puissance. Elle en est à la fois consciente et inconsciente, elle qui se montre bizarrement à la fois fière et apeurée. Inconsciente dans la mesure où, si les gens mesuraient pour l'avenir la probabilité réelle et forte de finir en Yougoslavie de luxe, ils n'auraient pas reconduit le système avec cette majorité écrasante. Mais consciente pourtant, et donc fière bien qu’apeurée, dans la mesure où la France est nostalgique de son esprit messianique et pionnier. Etre la première à tenter le pari du multi-ethnique sans cause là où tout le monde a échoué n'est au fond pas pour déplaire à cet Etat-nation qui aura tout raté jusqu'ici, et dont les adorateurrs, grands et petits, et qui ne peuvent vivre sans rêve messianique, se disent que peut-être, après tout, quand on est en banqueroute, on ne perd rien à jouer à quitte ou double.

Voyons où tout cela nous mène :

Il reste au système les solutions suivantes pour maintenir sous contrôle son improbable boxon multiethnique sans cause ni but :

  • Une prospérité économique et une redistribution maximale et indéfinie, seule à même de prévenir les regroupements ethniques qui ne manquent pas d'apparaitre chaque fois qu'une crise économique majeure, ou une carence de l'Etat, font renaitre les solidarités naturelles ;
  • L'individuation absolue du fait social dans sa totalité, via une ponction et une redistribution maximales, rendant chacun dépendant de l'Etat et incapable de subvenir à tout besoin au-delà des siens propres, voire y compris les siens propres, et donc incapable d'organiser une solidarité hors de l’Etat ;
  • L'abrutissement total, soit la société sous psychotropes, via la télévision, la consommation, la drogue, l'alcool, la festivité ininterrompue, le patriotisme sportif organisé.

Bien sûr, ces trois programmes sont déjà bien avancés. A chacun de juger les chances qu'ils ont de réussir, et quand bien même, si leur succès est souhaitable pour tout individu désireux de vivre debout, malgré tout.

Quel avenir pour le souverainisme ?

Finalement, ce scrutin est peut-être un bien.

Car enfin, cela fait deux ans – depuis le referendum sur le TCE – que le Web des mécontents, et tout particulièrement des nationalistes, bruisse de plaisir.

Enfin ça y est, le système est mûr. Le mensonge va éclater. Le système va tomber. Et surtout, IL VA TOMBER TOUT SEUL. Nous avons la vérité, nous avons l'histoire, nous avons l'AME DE LA FRANCE. Cette âme, dont chaque nationaliste ou simple patriote a cru qu'elle dormait – oh, juste d'une œil – quelque part au fond des consciences, et qu'elle n'attendait que l'appel de l'homme providentiel pour se réveiller.

Eh bien, mes amis, c'est nous qui devons nous réveiller. Nous avons appelé l'âme de la France et elle n'est pas venue. Personne ne sait plus à quoi elle ressemble, même l'homme providentiel. Elle était multiple, elle n'est plus.

Alors voilà pourquoi j’entre dans l'aventure Scriptoblog, moi, Roubachof – l’homme que l’on veut convaincre qu’il doit se suicider pour rester fidèle à ses valeurs. Tout ce scrutin le hurle et nous dégrise : il n'y a plus de base de repli facile, évidente, immanente. Il n'y a plus de force vitale et salvatrice, prête à sortir des profondeurs de l'âme du peuple à l'évocation du mot de Nation, de France ou de ce que vous voulez.

Ces mots, c'est tout, c'est rien, c'est la façade d'un immeuble classé qui n'abrite plus rien, et que le plus malin ou le plus courageux reconstruira, en en conservant la façade, à sa guise. La prochaine bataille sera sûrement la dernière de notre passé français, et peut-être la première de notre avenir céfran. La guerre sera sémantique. Les prochains mots au centre de tout seront « Nation », « France » et surtout celui sans qui rien n'est possible et rien ne se construit : « souveraineté ».

 

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