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    A l'origine de Scriptoblog, il y a une conviction : pour nous, la littérature doit parler de la vie et pas de la morale, sauf quand la morale sert la vie. Nous refusons les visions désincarnées, les idéaux ne nous parlent que s'ils parlent du réel. Toutes les rêveries du monde ne remplaceront pas une paire de bottes par temps de neige ou un gilet pare-balles en temps de guerre.

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    Avec une grande clairvoyance et une vision pragmatique du monde, Kunstler soutient que le temps de la pensée magique et de l’attente de miracles est révolu et que le temps est venu de commencer à se préparer à une très longue crise…
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    Depuis un certain temps, la société occidentale a déclaré la guerre à la virilité : théorie du genre, féminisme, mondialisme, déracinement. Jack Donovan relève le défi. Il balaie l’échiquier d’un poing rageur. Son projet : détruire cette civilisation pour libérer les hommes afin qu’ils retrouvent leur vraie nature..
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Une plaisante accalmie | Par James Howard Kunstler

Une plaisante accalmie flotte sur une terre, où aujourd’hui de moins en moins de gens travaillent honnêtement − et certains travaillent à contrecœur pour trop peu − alors qu’une matrice de rackets soutient l’illusion que nos modes de vie ont un avenir.


Est-ce que le quarterback [Poste clé dans une équipe de football américain, NdT] Colin Kaepernick est présent à l’esprit des millions d’Américains s’activant autour de leurs barbecues au fond de leur jardin ? Je salue son refus de ne pas se lever en l’honneur de l’hymne national, mais pas pour les raisons qu’il a déclarées. Au contraire, parce que je suis malade du symbolisme vulgaire, dans un moment aussi sombre d’une culture qui s’effiloche et exige plus que de parler dans le vide ou de faire des gestes symboliques.

Dans le cas où vous vous demanderiez pour quelle raison nous sommes soumis à toutes ces répétitions de la bannière étoilée à paillettes, ce n’est pas pour l’amour-du-pays, mais pour quelque chose de tout à fait contraire : la crainte que ses promesses soient vides. Vous vous demandez pourquoi tout agent public dans ce pays doit porter un mini-drapeau au revers de sa veste ? Est-il nécessaire pour le président des États-Unis de signaler son attachement à son devoir ? Pourrions-nous supposer que ce ne soit pas le cas ? Non, cela signale une anxiété généralisée que la cohésion nationale est désastreuse et que nous ne disposons pas de la confiance ou de la clarté pour faire face aux défis de l’époque. Le président Obama pourrait aussi bien porter un crucifix ou une gousse d’ail à son revers.

En cette année d’élection présidentielle en particulier, la fête du Travail sert comme une sorte de respiration collective profonde, avant le plongeon vers une saison d’angoisse politique. Le nombre d’électeurs potentiels, dégoûtés par ce choix entre deux monstres d’égoïsme irresponsables, promet d’être épique. Si WalMart vendait des filtres à conneries, il pourrait avoir une chance de refaire des bénéfices au troisième trimestre. Sinon, attendez-vous à ce que les performances économiques soient de plus en plus effrayantes, même si le New York Times et CNN continuent de nous abrutir avec des histoires de licornes sautant sur des arcs-en-ciel.

Les événements − pas les personnalités − vont dévoiler où en est la réalité du monde, dans cette période d’effritement avancé de notre civilisation techno-industrielle. Les chamans de la Réserve fédérale ont épuisé leur répertoire d’incantations pour faire léviter les marchés financiers et, plus inquiétant, la valeur du dollar américain. Le dieu espiègle qu’ils servent a arrangé les choses de telle sorte que la foi totale nécessaire pour soutenir leur influence illusoire décline inexorablement alors que le 8 novembre [Date des élections américaines, NdT] approche. Ils doivent avoir les nerfs à fleur de peau, du côté d’Eccles Building [Siège de la Fed, NdT].

La faillite soudaine de la compagnie sud-coréenne Hanjin Shipping devrait faire passer des frissons dans le dos écailleux des promoteurs du globalisme. La fragilité est partout, dans ce gigantesque réseau en cours de détricotage de promesses et d’obligations à long terme. L’ancienne classe moyenne d’Amérique a perdu sa capacité à absorber les téléphones plus intelligents ou la marque Kardashian de fixatif Pure Glitz©. Ils sont trop englués dans leur train-train sur le plancher en faux bois de leur maison en kit, face au tas de factures impayables, essayant de conjurer les organismes de refinancement tandis que la grand-mère glisse dans un coma diabétique. Ce sont ces bonnes personnes, qui représentent soi-disant 70% de l’économie, que l’on appelle les « consommateurs ». Vous pouvez y planter une fourchette et peut-être que nous allons entendre quelques plaintes ce mardi, quand les derniers barbecues des vacances se seront éteints.

Plus inquiétantes, cependant, sont les conditions des banques. Lorsque leur véritable insolvabilité sera révélée − ce qui peut coïncider avec la période de l’élection − regardez ci-dessous. La faillite d’une petite compagnie maritime va ressembler à une petite rougeur sur le cul d’une baleine bleue marine, lorsque d’innombrables opérations commerciales vont se gripper par manque de confiance sur le fait que la contre partie puisse être solvable. Et ensuite quoi ?

Ensuite, nous serrons obligés de prêter attention à la dynamique réelle maintenant à l’œuvre dans le monde. Ou être rendu fous par notre refus de faire plier la réalité. J’ai tendance à penser que nous allons opter pour cette dernière possibilité. Nous sommes trop déshabitués à la réalité. Nous préférerons nous écraser et brûler, plutôt que de changer quoi que ce soit à notre comportement, ou même à notre perception. Les deux, Trump et Hillary, sont des avatars parfaits dans cette optique d’un atterrissage brutal. Le désordre que les deux sont capables d’induire sera un spectacle pour la postérité.

James Howard Kunstler
5 septembre 2016
Auteur de Too much magic - l'Amérique désenchantée

Traduit par Le Saker Francophone
Article original sur Kunstler.com

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